De Svenska Aeroplan AB aux berlines turbo : l'aventure d'une marque scandinave singulière, éteinte en 2014.
Si Saab a disparu de la scène automobile en 2014, elle a longtemps représenté une voie singulière de l'industrie européenne : celle d'un constructeur né dans l'aéronautique militaire suédoise, dont les berlines tirent leur identité d'un travail d'aérodynamique poussé et d'une attention forte portée à la sécurité passive. De la Saab 92 de 1947 à la 9-5 de seconde génération, la marque scandinave a cultivé une identité technique reconnaissable entre toutes, qui survit aujourd'hui dans une communauté de passionnés très active.
L'entreprise voit le jour en 1937 sous le nom de Svenska Aeroplan AB, à Linköping, dans une Suède soucieuse de garantir son indépendance industrielle dans le contexte de la montée des tensions européennes. Sa vocation est militaire : produire des avions de chasse et de reconnaissance pour la Flygvapnet, l'armée de l'air suédoise. Les ateliers de Trollhättan se spécialisent alors dans la fabrication de cellules métalliques et de moteurs en étoile, savoir-faire qui sera plus tard transposé à l'automobile. Cette double culture, aéronautique et industrielle, constitue le socle technique de la future marque automobile.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la direction de l'entreprise cherche à diversifier sa production. L'ingénieur Gunnar Ljungström et le designer Sixten Sason sont chargés de concevoir une voiture pour le marché civil. Le premier prototype, baptisé Ursaab, est dévoilé en 1946. Sa silhouette en goutte d'eau, avec un coefficient de traînée remarquable pour l'époque, traduit directement l'expérience accumulée dans la conception d'avions. La Saab 92 de série est commercialisée en décembre 1949. Sa motorisation deux-temps de 25 chevaux et sa traction avant la rendent particulièrement adaptée aux routes scandinaves enneigées. La Saab 96, lancée en 1960, popularise la marque en remportant trois éditions du Rallye Monte-Carlo dans la décennie 1960 grâce à Erik Carlsson.
La Saab 99, présentée en 1968, marque une rupture en abandonnant le moteur deux-temps au profit d'un quatre cylindres essence dérivé d'un bloc Triumph. C'est elle qui inaugure la signature stylistique aux phares carénés et au pare-brise très incurvé qui caractérisera la marque pendant trente ans. Le tournant industriel intervient en 1977 avec la 99 Turbo : la firme suédoise est l'un des premiers constructeurs à démocratiser le turbocompresseur sur une berline familiale grand public, alors que cette technologie restait jusque-là réservée aux supercars italiennes. Cette innovation deviendra une signature historique et la marque accumulera plusieurs générations d'expertise dans la suralimentation.
Dérivée techniquement de la 99, la Saab 900 de 1978 ajoute un capot rallongé et une partie arrière reconfigurée. La berline cinq portes au hayon courbe, doublée d'une variante coupé trois portes et d'un cabriolet à partir de 1986, devient le porte-drapeau d'une bourgeoisie intellectuelle européenne. Ses solutions techniques sortent du cadre : pédalier suspendu d'origine aéronautique, contact d'allumage placé entre les sièges, vitrage panoramique inspiré des cockpits. Près de 900 000 exemplaires sont produits jusqu'en 1993. La 900 reste aujourd'hui le modèle le plus recherché des collectionneurs Saab, avec des cotes en hausse régulière sur le marché européen, comme l'illustre notre cote auto en ligne.
En 1989, le constructeur américain General Motors entre au capital à hauteur de 50 %, avant d'acquérir la totalité du groupe automobile en 2000. La nouvelle 900 de 1993, puis la 9-3 qui lui succède en 1998 et la 9-5 apparue en 1997, sont développées sur des plateformes partagées avec Opel — Vectra et Vectra B notamment. Cette mutualisation industrielle permet de réduire les coûts mais affaiblit l'identité technique de la marque, qui peine à conserver sa différenciation face aux constructeurs premium allemands. Pour situer ces générations sur le marché de l'occasion, la liste des annonces actuelles est consultable sur la page Saab d'occasion.
Frappé par la crise financière de 2008, General Motors décide en 2009 de se séparer de sa filiale suédoise. L'entreprise est rachetée en 2010 par le néerlandais Spyker Cars, mais les difficultés de trésorerie s'accumulent. Le 19 décembre 2011, Saab Automobile AB est placée en faillite par le tribunal de Vänersborg. Le sino-japonais National Electric Vehicle Sweden (NEVS) reprend les actifs en 2012 avec l'ambition de produire une version électrique de la 9-3, sans jamais parvenir à un volume commercial significatif. La production cesse définitivement en 2014. La marque Saab elle-même ne peut plus être utilisée pour de nouvelles automobiles depuis cette date, le groupe aéronautique Saab AB ayant retiré la licence d'usage du nom.
Si la branche automobile a disparu, le groupe Saab AB poursuit son activité historique dans l'aéronautique et la défense, notamment avec le chasseur multirôle Gripen exporté dans une dizaine de pays. La société emploie plus de 22 000 personnes en Suède et reste l'un des piliers de l'industrie de défense scandinave. L'héritage automobile, lui, subsiste dans la communauté des passionnés, avec des clubs actifs en Europe et en Amérique du Nord et un réseau de spécialistes maintenant les berlines en état de rouler. Le dossier Wikipedia consacré à Saab Automobile, l'historique L'argus et les archives de Le Figaro Automobile documentent en détail l'histoire des modèles produits.